Les échelles du Commun
Dans un monde où les notions de partage et de cohabitation se transforment, la programmation de cette saison s’intéresse à la manière dont les espaces – du domestique à l’urbain – deviennent des terrains d’interaction, de conflit et d’invention collective. En s’appuyant sur une sélection de films, ce programme propose de réfléchir à la construction des lieux du « commun » : des espaces où les trajectoires humaines se croisent, s’affrontent ou se réconcilient, révélant ainsi les dynamiques complexes qui façonnent notre rapport à l’autre.
Le foyer, première échelle du « commun », est à la fois un sanctuaire et un espace de cohabitation où s’expriment tensions et solidarités implicites. Moriyama-San de Beka & Lemoine (2017) réinvente l’idée d’habiter en explorant une architecture ouverte à la vie collective. Parasite de Bong Joon-ho (2019) interroge les frontières sociales au cœur de la maison, où intrusion et renversement de hiérarchies bouleversent l’ordre établi. Avec Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), Chantal Akerman révèle la solitude dissimulée sous les rituels quotidiens, tandis que Home d’Ursula Meier (2008) illustre la fragilité des limites entre l’intérieur et l’extérieur face à un changement environnemental.
Au-delà des murs du foyer, le voisinage représente une échelle intermédiaire où se tissent des relations d’interdépendance, souvent ambivalentes. Zone d’intérêt de Jonathan Glazer (2023) évoque l’effroyable banalité du mal au seuil de l’horreur, questionnant notre capacité à coexister. À l’inverse, Les Femmes du 6e étage de Philippe Le Guay (2010) célèbre l’émergence d’une solidarité inattendue dans un microcosme social. Où est la maison de mon ami ? d’Abbas Kiarostami (1987) illustre la quête d’une aide désintéressée dans un cadre rural, tandis que West Beyrouth de Ziad Doueiri (1998) capte la résilience et les fractures d’une ville en guerre.
L’espace public est le terrain ultime du « commun », un lieu où les individualités s’entrelacent pour créer de nouvelles formes de partage, de résistance ou de conflit. Dans Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda (2000), l’espace public devient un lieu de récupération et de transformation, redéfinissant les notions de propriété et de ressources collectives. The Square de Ruben Östlund (2017) interroge la responsabilité éthique dans un environnement artistique, tandis que Playtime de Jacques Tati (1967) offre une critique satirique de l’anonymat et des absurdités de l’urbanisme moderne.
En traçant des trajectoires entre espaces domestiques, communautés de voisinage et lieux publics, cette programmation propose une véritable cartographie des enjeux du « commun ». Elle invite à questionner la manière dont les espaces façonnent nos relations humaines et structurent les solidarités, mais aussi les tensions et les ruptures. À une époque où nos lieux de vie, de rencontre et de partage se redéfinissent sans cesse, ces films nous rappellent que l’espace est bien plus qu’un décor : il est un acteur des interactions humaines. Cette thématique nous invite à repenser nos façons d’habiter, de vivre ensemble et de transformer nos environnements en espaces de collaboration, de résistance et de création commune.
les échelles du commun